La fonction publique territoriale diversifie ses recrutements
Du Nord aux Alpes-Maritimes en passant par la Normandie, la fonction publique territoriale recrute de plus en plus de professionnels de l'enfance ou de l'aide sociale, en élargissant le vivier de ses candidats, quitte à passer par des statuts moins protecteurs.
Dans les communes et départements, les recruteurs recherchent de plus en plus des puéricultrices, éducateurs et autres professions sociales, a indiqué Stéphane Balliste, porte-parole du salon de l’emploi public (1), qui se tient du 18 au 20 mars au parc des Expositions de la porte de Versailles, à Paris.
Les effectifs augmenteront d’au moins 3% en 2010 dans cinq secteurs : la santé (+ 5,5%,), la gestion de l’eau (+ 4,4%), le développement local (+ 3,6%), la petite enfance (+ 3%) et la sécurité (+ 3%), selon le Conseil national de la fonction publique territoriale (CNFPT), l’un des animateurs du salon.
Ces métiers requièrent des profils souvent tellement recherchés que le recruteur échappe au principe général, prévu par la loi de 1984 : passer par un concours pour tout poste de la fonction publique territoriale. La part de non-titulaires de la territoriale (21%) dépasse les 43% dans une trentaine de métiers, selon le CNFPT.
Recrutements hors-concours
Pour certains métiers manuels, « il n’est pas nécessaire d’avoir fait 15 ans d’étude », note Christelle Guinard, chargée du recrutement à Caen, qui reçoit 11.000 candidatures par an, dont 6.000 spontanées, parfois « des appels de détresse, griffonnés et déposés à la mairie ».
« Travailler à la mairie, c’est vivre de près les attentes de la population, qui veut des emplois de proximité. L’embauche d’un balayeur, en échec scolaire, rendra la ville plus belle, plus propre, et plus sociale », remarque-t-elle.
Pour les recrutements hors-concours, la ville passe accord avec les centres d’apprentissage et le Pôle emploi. Objectif, garantir un « double regard ». La recrue est ensuite incitée à passer un concours, selon Monique Glaçon-Demont, la DRH de la ville de Caen.
Par ailleurs, certaines mairies « achètent la paix sociale en recrutant des militants d’association remuantes, sans passer par les concours », a noté un participant au salon de l’emploi public, qui a conservé l’anonymat.
Candidatures spontanées
Les questions sur ces candidatures spontanées ont animé le débat « Intégrer la fonction publique sans concours », l’un des plus suivis du salon. « Il ne faut pas hésiter à multiplier les candidatures, une pour chaque poste. Les recruteurs veulent un vivier plus large et plus diversifié », a rappelé Jean-Philippe Bertout, directeur de la formation au Conseil général du Nord. « Chez nous, votre candidature spontanée sera conservée dans une base de données », pour garder mémoire des aptitudes de tous, a souligné Gérard Corlin, recruteur pour la ville de Nice.
Pour autant, les recrutements hors concours ne sont pas forcément synonyme de plus grande égalité des chances, une part de clientélisme venant éventuellement les parasiter, selon Digier Bourgoin, de la FSU Territoriale.
Certaines mairies accordent des promotions à des fonctionnaires de la catégorie C (la moins bien rémunérée), en contournant les concours, souligne-t-il. « Une fonction publique de proximité oui, mais pas de promiscuité » insiste-t-il.
(1) Ce salon est organisé par le Groupe Moniteur, éditeur de « La Gazette ».
Source : La Gazette des Communes